NC.702 Martinet
Bimoteur de liaison
Historique
Le Martinet est un appareil dérivé d’un avion allemand, le Siebel 204. Celui-ci est un bimoteur de liaison et de formation des équipages. Il est équipé d’hélices bipales et de moteurs V12 inversés refroidis par air Argus Motoren As 410 (450 cv) puis As 411 (suralimenté, 600 cv). Le Siebel 204 effectue son premier vol en 1940.
Nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale et les autorités allemandes imposent la construction de cet appareil, secondaire à leurs yeux, aux entreprises française Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Centre (SNSAC) à Bourges et tchécoslovaque Aero Vodochody. 150 exemplaires sont construits à Bourges.
A la Libération, la production reprend à la SNCAC. Le premier exemplaire « français », désigné NC.700 Martinet., vole en octobre 1945. Il est doté d’un nez plein et n’est pas construit en série. Il est aussitôt suivi du NC.701, qui reprend le nez entièrement vitré du Siebel Si204D, à des fins d’instruction des équipages. Puis vient le NC.702, fin 1945 ou début 1946, avec un nez plein du type Si 204A et une cabine modifiée, destiné au transport. Leur motorisation est confiée à la SNECMA (ex Renault), qui fabrique des copies des Argus As 411. Les 701 et 702 sont équipés d’hélices tripales.
Environ 240 NC.701 et 110 NC.702 seront produits. En outre, les Siebel 204 capturés et livrés à l’armée de l’Air sont remotorisés par la SNCAC.
Description
Le Martinet est un appareil de construction entièrement métallique en duralumin, comportant un train d’atterrissage escamotable en vol, commandé électro-hydrauliquement, et une roulette de queue. Les hélices tripales à pas variable sont de construction Ratier. L’essence est contenue dans quatre réservoirs, d’une capacité cumulée de 1 140 litres. La cabine de pilotage possède un vitrage formé à l’avant de deux glaces planes assurant une bonne visibilité ; les glaces avant sont chauffantes pour éviter le givrage.
L’équipage est composé de deux pilotes placés côte à côte. L’un d’eux assure aussi la fonction de radio : un siège à dos repliable permet de faire face au poste radio fixé sur la cloison de séparation des cabines pilotes et passagers. Tous les instruments de contrôle de vol sont groupés sur une planche de bord face au pilote principal. Les instruments de contrôle moteurs sont fixés sur la banquette centrale située entre les deux pilotes.
L’accès à la cabine pilotes se fait par une porte à double vantaux capitonnée s’ouvrant dans la cabine passagers. Cette dernière est très spacieuse ; elle comprend huit sièges confortables capitonnés et disposés de chaque côté de l’allée centrale. Les sièges sont confortables et disposent chacun d’une fenêtre, offrant ainsi une bonne visibilité aux passagers. Les deux sièges situés immédiatement derrière la cabine pilote sont orientés contre le sens de vol. Tous les fauteuils sont pourvus de coussins élastiques renforcés, d’appui-bras, de ceintures ventrales. Le couloir du milieu permet la libre circulation de l’équipage et des passagers. Cette cabine est insonorisée et complètement tapissée. Chaque passager dispose de pochettes situées dans le dossier du siège placé devant lui, d’une installation de réchauffage avec diffusion d’air chaud, qui assure une chaleur intérieure convenable, même par une température extérieure atteignant – 20°. Le réglage de la chaleur, par mélange d’air chaud et d’air frais, est obtenu par des obturateurs commandés du poste de pilotage. Une installation d’air frais est également prévue pour les cabines pilotes et passagers avec diffuseur à chaque siège. La ventilation de la cabine s’effectue par un couloir de dépression situé dans la partie supérieure de l’appareil ; son réglage se fait directement de la cabine passagers.
Huit porte-manteaux sont fixés à l’arrière de la cabine, qui comprend en outre une soute à bagages de 2 m3 environ, munie de filets à valises, et qui se prolonge vers l’arrière par une soute dans laquelle on peut placer des objets légers, tels que : skis, caissettes, etc… Des WC sont installés dans la soute à bagages. Une soute à bagages supplémentaire est aménagée dans le nez.
Il est possible d’accéder très facilement à toutes les pièces essentielles de l’appareil au moyen de portes de visite judicieusement placées, permettant de vérifier rapidement le bon fonctionnement.
Carrière
Les NC.701 et 702 sont utilisés par l’armée de l’Air jusqu’en 1964, tant en métropole que dans les colonies, pour de multiples missions : transport, observation, reconnaissance, évacuation sanitaire, entraînement… Les Martinet sont ainsi omniprésents dans les bases aériennes de métropolitaines, coloniales (Algérie, Tunisie, Maroc) et en Indochine, assurant des liaisons régulières, le transport de personnels, de courrier et de fret léger. En Indochine et en Afrique du Nord, certains NC.701 sont équipés de capteurs photo et engagés dans des missions de reconnaissance aérienne, notamment par l’Escadrille de reconnaissance d’Outre-Mer (EROM) n°80 entre 1949 et 1951. Des Martinet sont utilisés comme avions ambulances ; ils transportent blessés et malades dans les zones de conflit, notamment en Indochine et en Afrique du Nord. En Algérie, quelques Martinet sont employés dans des rôles d’appui-feu léger et de police coloniale, avec une mitrailleuse de 7,5 mm montée en sabord et de petites bombes de 50 kg. La version NC.701, avec nez vitré et doubles commandes, sert de plateforme pour l’apprentissage du vol bimoteur, de la radio et de la navigation dans des unités comme le Groupe aérien d’entraînement et de liaisons (GAEL 2/60).
L’Aéronautique navale en utilise 45 exemplaires pour l’entraînement et la liaison jusqu’en 1963.
Le Centre d’essais en vol (CEV) emploie le NC.702 n°282 de 1946 jusqu’au début des années 1970. L’ONERA en utilise aussi, de même les constructeurs SNCAC, SNCASE et SNECMA. Un petit nombre terminera sa carrière dans le civil, comme à l’Institut géographique national.
Exportation
La compagnie polonaise LOT achète 6 exemplaires pour la photographie aérienne, la Suède en acquiert 5 pour le même usage. Enfin le Maroc en utilise quelques exemplaires.

Sources documentaires
L’Air n° 566
Les avions allemands aux couleurs françaises, tome 2. Philippe Ricco. Ed. Lela Presse. 1997
Biblionorme 3-01-10. Juillet 1946
Aircraft of World War II. Kenneth Munson. Ed. Ian Allan