6 Skyhawk N° 28
Douglas – ST Aerospace

A-4 SU Super Skyhawk

Chasseur-bombardier embarqué

Historique

Suivant l’intérêt pour des chasseurs légers suscité par l’apparition du Mig 15 pendant la guerre de Corée, Edward H. HEINEMANN, ingénieur en chef des usines Douglas d’El Segundo (Californie), présente en janvier 1952 au Bureau of Aeronautics le projet d’un chasseur léger embarqué, le XF4D-1 Skyray. Mais la Navy, ayant déjà plusieurs projets de ce type en cours d’étude ou d’essais, lui conseille de travailler sur un avion embarqué d’attaque au sol à court rayon d’action, porteur d’une bombe nucléaire tactique. HEINEMANN, assisté de son équipe, reprend l’étude, apporte des modifications et la présente deux semaines plus tard avec des performances supérieures à celles demandées. En dépit des doutes de certains membres du bureau, il obtient le feu vert pour poursuivre le travail. Chaque partie de l’avion est alors réétudiée avec un objectif principal : gagner encore du poids.

Description

Le fuselage est assemblé en deux parties. L’aile est monobloc en delta, équipée de becs automatiques, la flèche est de 40°. Compte tenu de sa faible envergure, il n’est pas nécessaire de la replier, d’où l’économie de la masse du mécanisme. L’empennage est cruciforme. Le train tricycle est haut afin de permettre l’emport d’une bombe nucléaire Mk-7 de 1 600 kg. S’agissant d’un avion embarqué, il est bien entendu équipé d’une crosse d’appontage. La génération électrique de secours est assurée par une génératrice escamotable. L’armement est composé de deux canons de 20 mm et trois points d’emport externes (cinq par la suite).

Le réacteur initial est un Wright J65-W-2 de 3 266 kg de poussée, version américaine du moteur britannique Amstrong Siddeley Sapphire. Les entrées d’air sont sur les côtés du fuselage derrière le cockpit.

Avec 1 118,759 km/h (603 kt) de moyenne, le Skyhawk n°137814 bat, le 15 octobre 1955, le record de vitesse sur un circuit de 500 km, aux mains du LV Gordon GREY.

Production

Un premier marché est passé par le Navy Department le 21 juin 1952, pour un prototype et une cellule d’essais statiques, suivi quatre mois plus tard par la commande de 19 exemplaires de présérie.

Le prototype XA-4D-1 est fabriqué à El Segundo, Californie, mais son premier vol se déroule à Edwards Air Force Base (AFB), Californie, le 22 juin 1954 aux mains de Robert RAHN. Le premier A4D-1 de série vole le 14 août 1954. Les premiers essais sur porte-avions ont lieu le 12 septembre 1955.

Lors du changement de la nomenclature américaine en septembre 1962, le Skyhawk prend la désignation A-4.

La puissance du réacteur J65-W-2 étant insuffisante, les premières versions de série (A/B/C) en reçoivent des variantes améliorées. Le A-4E, quant à lui, est équipé d’un Pratt & Whitney J52-P-6A de 3 856 kg de poussée, les versions suivantes bénéficiant elles aussi de variantes améliorées.

Alors que le 1000ème exemplaire est sorti d’usine en juillet 1961, l’avenir du Skyhawk s’assombrit en novembre, avec l’arrivée de J.F. KENNEDY au pouvoir. Des changements stratégiques se dessinent, et le remplacement du Skyhawk par le A-7 Corsair II est envisagé. Toutefois, l’évolution du conflit au Viêtnam et l’intérêt des Marines pour l’avion prolongent son utilisation et sa production.

Une version biplace en tandem est développée. Le premier TA-4E vole le 20 juin 1965.

La production s’achève à Long Beach, Californie (l’usine d’El Segundo ayant fermé entre-temps), le 27 février 1979 avec un A-4M pour les Marines. Au total 2 960 exemplaires seront construits, 2 405 monoplaces et 555 biplaces.

Il connaît aussi du succès à l’exportation, y compris pour des exemplaires de seconde main : Argentine, Australie, Israël, Nouvelle-Zélande, Singapour, Koweït, Indonésie, Malaisie, Brésil.

Carrière opérationnelle

La flottille VA-72 Blue Hawks devient la première unité opérationnelle de l’US Navy équipée de A4D-1 le 27 septembre 1956. L’US Marine Corps reçoit ses premiers appareils en 1957. Le dernier vol des Skyhawk dans les forces américaines a lieu le 3 mai 2003, et le retrait officiel du service de l’US Navy le 23 août suivant. Entre-temps, de nombreuses unités de l’USN et des Marines volent sur cet appareil. Leur énumération serait trop longue ici. Citons cependant la célèbre Navy Fighter Weapons School, surnommée « Top Gun » et, de décembre 1974 à novembre 1986, la patrouille acrobatique de l’USN, les « Blue Angels« .

Le Skyhawk est utilisé au combat par les États-Unis au Viêtnam de 1964 à 1973, par Israël lors de plusieurs conflits, par l’Argentine lors de la guerre des Malouines en 1982, par le Koweït avec des avions basés en Arabie Saoudite pendant la première guerre du Golfe en 1990-91.

Plusieurs sociétés privées emploient des A-4 pour servir de plastron ou de banc d’essais volant.

De manière plus anecdotique, le Skyhawk est présent dans le film Top Gun et dans la BD Buck Danny.

Les Skyhawk et Super Skyhawk singapouriens

En 1972, une équipe de l’armée de l’air de Singapour se rend aux États-Unis pour acheter 40 A-4B d’occasion de l’US Navy. L’entraînement des premiers pilotes s’y déroule de 1973 à mars 1974. Le même mois, a lieu le premier vol du A-4 S (S pour Singapour). Cette version est une modernisation des A-4B réalisée par Lockheed Aircraft, dont 32 exemplaires dans sa filiale de Singapour.

De plus, 7 A-4B monoplaces sont transformés en biplaces. Ces derniers possèdent avec une caractéristique unique : le second poste est indépendant du premier, alors que les cellules biplaces d’origine sont configurées avec deux postes de pilotage directement l’un derrière l’autre et recouverts d’une même verrière.

La première apparition publique du Skyhawk intervient au Singapore Air Force Day Display de juin 1974, à Changi Air Base. Cet appareil est mis en œuvre par les Squadron 142 (février 1974), 143 (1975), 145 (avril 1984).

À la fin des années 70, la flotte est complétée par un lot de A-4C, que la Singapore Aerospace Maintenace Company (SAMCO) remet en état avec la collaboration de Grumman, donnant naissance à 40 A-4-S1 et 10 TA-4-S1.

Dans les années 80, Singapore Technologies Aerospace améliore notablement les performances des Skyhawk, par une modification du système d’armes et une remotorisation avec le General Electric F404-GE-100D (variante du moteur du F-18, sans post-combustion). Cette version A-4SU Super Skyhawk vole le 19 septembre 1986. Elle devient la monture de la patrouille acrobatique Black Knights de 1990 à 2000.

Le retrait officiel du Skyhawk au sein de la Republic of Singapore Air Force intervient le 31 mars 2005 à Tengah Air Base, remplacé par le F-16C/D. Toutefois les exemplaires basés en France à Cazaux poursuivent leur activité.

Présence à Cazaux

En raison de l’exiguïté et de l’urbanisation de son territoire, l’État de Singapour est contraint de passer des accords avec des pays étrangers afin de permettre la formation et l’entraînement des équipages de son armée de l’air hors de ses frontières. C’est ainsi que, depuis juin 1998, la base aérienne 120 de Cazaux accueille le détachement du 150th Squadron. Sa mission est l’entraînement avancé des pilotes de chasse de la RSAF (Republic of Singapore Air Force), qui apprécient la diversité géographique de la région, la proximité de champs de tir et la disponibilité de l’espace aérien.

Les 18 avions arrivent en deux lots (10 puis 8) au port de Bordeaux, à l’issue d’un voyage en bateau de 23 jours, puis sont convoyés par la route jusqu’à Cazaux. D’abord installé dans des locaux laissés libres par l’armée de l’Air, l’escadron dispose de ses propres installations à partir de juillet 2002. La convention initialement prévue jusqu’en 2002 a été prolongée jusqu’en 2018, et ils sont toujours présents en 2025…

 

 

Sources documentaires

Site The Skyhawk association
Communiqués de presse Ministry of defence Singapore
Mc Donnnell Douglas Aircraft since 1920 : volume 1. René J Francillon. Ed. Putnam
Air Fan n°6 (avril 1979) 58 (août 1983) et 59 (septembre 1983)
Le Fana de l’aviation n°436
Air&Cosmos n°449 (23 septembre 1972)
Aviation Magazine n°126 (31 mars 1955)