Le Crusader n°5 paré au catapultage
Chance-Vought

F-8E (FN) Crusader

Chasseur embarqué tout-temps

Le Crusader

Historique

La société Chance-Vought aux États-Unis, qui avait produit le célèbre Corsair de la Seconde guerre mondiale, et devenue plus tard Ling-Temco-Vought, obtient en mai 1953 le contrat de développement du F-8 Crusader après avoir remporté une compétition qui aura mis en lice 8 constructeurs. La Marine américaine souhaite alors disposer d’un intercepteur supersonique.

Le prototype XF-8A, équipé d’un turboréacteur Pratt & Whitney J-57-P-12 de 7 257 kg de poussée avec post-combustion, vole pour la première fois le 25 mars 1955, dépassant le mur du son en vol horizontal.

Description

Une caractéristique, unique, du Crusader est sa voilure à calage variable: de + 7° à -1°. Ce système hypersustentateur permet un important angle d’attaque pour le décollage et l’atterrissage tout en maintenant le fuselage presque parallèle au pont d’envol. Le pilote bénéficie ainsi d’une bonne visibilité et le train d’atterrissage très court. Les extrémités de la voilure se replient pour gagner de la place sur le porte-avions.
Le fuselage est composé de trois parties principales. Il abrite le train d’atterrissage, un aérofrein ventral, le cockpit monoplace et une perche de ravitaillement en vol rétractable. L’empennage est monobloc. L’emploi de magnésium et de titane permettent de réduire le poids de l’avion.
L’avion est équipé d’origine de 4 canons Colt-Browning de calibre 20 mm, et peut emporter jusqu’à quatre missiles air-air Sidewinder sur les deux pylônes fixés au fuselage.

Les records du Crusader

Le Crusader est aussi un avion de records. Outre le passage en supersonique dès le premier vol du prototype, le 21 août 1956 un F-8A est le premier avion US à dépasser les 1 000 miles à l’heure, atteignant 1 015,428 mph (1 634,17 km/h). Le 16 juillet 1957, un RF-8A de reconnaissance réalise le premier vol supersonique transcontinental américain, parcourant les 3 936 km séparant Los Angeles de New York en 3 h 22 min 50 sec, soit une vitesse moyenne de 1 164,39 km/h ; il est piloté par le major John GLENN, futur astronaute.

Production

Le premier exemplaire de série vole le 20 septembre 1955. Il entre en service opérationnel en mars 1957. Environ 1 260 Crusader sont construits, en de multiples versions pour l’US Navy et l’US Marine Corps. La production s’achève en janvier 1965 avec les derniers appareils destinés à la France. Aux États-Unis, 36 Navy Aircraft Squadrons de l’US Navy et des Marines en sont équipés. Les derniers appareils sont retirés du service en mars 1987. La NASA en mettra également en œuvre pour des essais, en particulier de commandes de vol électriques.

Utilisation opérationnelle

Les Crusader sont engagés par les USA dans des missions de reconnaissance pendant la crise des missiles de Cuba en 1962, et au Laos en 1964. Il participe activement à la guerre du Vietnam. Il y est crédité de 19 victoires aériennes (4 aux canons et 15 aux missiles Sidewinder), pour 3 pertes au combat, contre les MiG 17 notamment.

Le Crusader français

La version qui équipe l’aéronautique navale française est le F-8E (FN), FN pour « French Navy » (marine française). Il est modifié par rapport au F-8E, principalement avec des dispositifs hypersustentateurs permettant une vitesse d’approche plus faible, adaptée aux porte-avions français, plus petits que les américains :

  • double braquage des becs de bord d’attaque à 10° en croisière et 44° à l’atterrissage ;
  • extension du braquage des volets et ailerons à 40° ;
  • limitation à 5° du système d’incidence variable (contrairement à ce qui est fréquemment écrit elle n’a pas été augmentée à 7°) ;
  • soufflage de la couche limite : l’air prélevé sur le compresseur haute pression du réacteur est expulsé par des fentes le long des extrados des ailerons et des volets (système « Boundary Layer Control »), permet de gagner 18 nœuds à l’atterrissage et à l’appontage ;
  • empennage horizontal agrandi ;
  • possibilité d’emport de 2 missiles français Matra R.550 Magic à la place des 4 Sidewinder.

La commande initiale porte sur 40 monoplaces et 6 biplaces. L’abandon de cette deuxième version conduit à modifier le contrat en août 1963 (n°36-0510), pour 42 monoplaces destinés aux porte-avions Foch et au Clémenceau. Le prototype, un F-8D modifié, vole le 27 février 1964 chez le constructeur à Grand-Prairie (Texas), piloté par le pilote d’essais Robert ROSTINE ; il est accidentellement détruit le 11 avril suivant. En décembre 1963 un Crusader de série vole pour préparer la mise au point des avions de l’Aéronavale, en particulier pour l’emport des Matra R.550 Magic (2 missiles au lieu de 4 Sidewinder). Le premier exemplaire de série vole le 26 juin 1964, et le premier lot de 13 appareils arrive à Saint-Nazaire le 4 novembre 1964.

Dans l’attente du Rafale M, 17 Crusader sont « prolongés » par l’Atelier industriel de l’aéronautique de Cuers-Pierrefeu entre 1990 et 1997. Les principales modifications portent sur l’électronique, dont un radar Thomson-CSF Cyrano IV-M, un détecteur d’alerte radar, et le siège éjectable Martin-Baker Mk.5AF. L’appareil prend alors la désignation F-8P.

Utilisation des Crusader français

Les Crusader français sont mis en œuvre par les flottilles 12F, du 5 décembre 1964 au 16 décembre 1999, et 14F du 1er mars 1965 au 17 avril 1979. Ils sont déployés à de multiples reprises lors d’opérations extérieures. Il n’auront cependant que deux engagements réels. Le 7 mai 1977, lors de l’opération Saphir II à Djibouti, deux appareils embarqués sur le Clémenceau sont pris en chasse au-dessus du golfe d’Aden par deux MiG-21 sud-yéménites. Ils parviennent à se placer dans les 6 heures des MiG mais l’autorisation de tir leur fut refusée. Lors de l’opération Mirmillon, au large de la Jamahiriya arabe libyenne, un Crusader du Foch intercepte le 15 octobre 1984 deux Mirage 5 libyens non armés dans le golfe de Syrte.

À leur retrait du service, le 5 décembre 1999, les Crusader français totalisent 147 652,1 heures de vol, dont 21 233,9 de nuit, et 25 919 appontages dont 3 786 de nuit.

Sources documentaires

Les Crusader français en action. Jean-Marie Gall, Ed. Lela
Squadron signal F-8 Crusader
Jane’s All the aircraft
Manuel TO 1-1B-40 Weight and balance data 1954